Cercle Paul Paray


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Flavio Varani 2012

Flavio Varani, tournée 2009







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Flavio Varani 2009


Flavio Varani fut à Detroit, en 2005, le premier interprète d'une intégrale des Œuvres pour piano de Paul Paray (CDs Grotto, vol.V). Notre association l'invita pour une série de concerts en France, en octobre 2009, et il évoqua avec émotion les circonstances de sa formation initiale.

Jeune prodige dans son Brésil natal, il est remarqué par la grande Magda Tagliaferro qui l'emmène à Paris, où il suivra ses cours durant sept années, grâce à une bourse du gouvernement français. Flavio Varani a toujours considéré qu'il avait une dette à l'égard de notre pays, et s'il est reconnu comme l'un des meilleurs interprètes de son compatriote Heitor Villa-Lobos, il n'a jamais cessé de se conduire en ambassadeur de la musique pianistique française, tant en Amérique du Sud qu'aux USA (où il enseigne), au Canada et au Japon.

Une distinction très française - Au printemps 2012, sur proposition du Cercle Paul Paray, le Ministre de la Culture l'a nommé chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres, au titre de la promotion des personnalités étrangères. C'est le mercredi 17 octobre, à l'Institut de France, que cette distinction lui a été officiellement remise par Maître Laurent Petitgirard, compositeur et chef d'orchestre, membre de l'Académie des beaux-arts, commandeur des Arts et des Lettres.
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Cette même année, la discographie du pianiste s'enrichit d'un CD Debussy / Ravel enregistré au Studio Glenn Gould de Toronto et récemment produit au Brésil sous label Master Class.

Dans le texte du livret, Flavio Varani distingue nettement les deux groupes d'œuvres (Les douze
Etudes de Debussy et la suite Miroirs de Ravel) et jette ainsi une précieuse lumière sur les choix de l'interprète :
"No pictural reasons for the Etudes; only total abstraction. Ravel however, uses internal images and titles for a modern psychological expression of emotions".

Mais si abstraites qu'elles soient, ces étranges compositions de Debussy (que Magda Tagliaferro ne voulait pas entendre) n'ont pas manqué de bouleverser notre pianiste :
"I can say now that it has been the most rewarding musical trip of my life".
Aussi, entre le vertige "impressionniste" des mouvements de l'âme et la rigoureuse abstraction géométrique jadis prônée par "l'avant-garde", les interprètes ont longtemps balancé. Qu'a choisi Flavio Varani ? Quelle direction suit-il ?

... Il suffit d'écouter les premières notes, si ironiquement scolaires d'abord, de la 1ère Etude : une infime retenue (respiration, claudication) avant la troisième reprise du thème en brise la régularité métronomique à laquelle, par exemple, se tient rigoureusement et même ascétiquement un Maurizio Pollini... Avec ce discret mais décisif rubato, la cause est déjà entendue : nous ne visiterons pas ici un Musée d'Art Moderne, quelque "parc solitaire et glacé" ou quelque espace immaculé où se tiendraient, impérieuses, altières et énigmatiques, dans une austère autarcie, quelques sculptures sonores géométriques.

Flavio Varani, assez nettement semble-t-il, renonce à ce parti-pris de l'objectivation absolue des
Etudes, qui s'en tiendrait à leur caractère formel-expérimental de rondes-bosses sonores : elles ne seront, pas plus que les Miroirs qui suivent, traitées comme de purs objets, dans leur strict être-là. Est-ce alors pour revenir à l'épanchement sentimental de quelque envahissante subjectivité "personnelle", aussi arbitraire que narcissique, aussi impolie que prétentieuse ?

Pas davantage : Flavio Varani ne cultive pas l'ivresse sonore et la délectation du moi, la complaisance enamourée et embuée à l'égard des aléas de la prétendue vie intérieure. Sa palette sonore en témoigne : renoncer au camaïeu de gris d'un Pollini ne l'amène pas pour autant aux vertiges délicieux des petites touches indéfiniment divisées, variées et nuancées d'un Gieseking... Non : les couleurs ici sont franches et crues, saturées et traitées en aplats plutôt qu'en dégradés – il y a du
fauvisme et du Gauguin dans ce piano-là, qui sait aussi, à l'occasion, pratiquer le cluster. Un goût du sauvage et du "barbare" à la Rimbaud, de l'exotique, de la forêt inexplorée et, peut-être, primitive : l'Amazonie ?

Alors quoi ? Des paysages. Des promenades. Des voyages. Des
explorations, plus précisément. « Votre âme est comme un paysage choisi », disait merveilleusement Verlaine... Oubliée, donc, l'alternative entre Orsay et Beaubourg, entre post-romantisme et avant-garde : dans ce Land Art de paysage animé il n'est plus question que de mystère, c'est-à-dire de l'indéfiniment explorable. Ce n'est plus Monet ou bien Picasso : c'est le Douanier Rousseau, ses forêts fantasmatiques, ses palétuviers sombres et ses joueurs de flûte serpentins, ses naïvetés tout soudaines de tigres aux yeux ronds. Avions-nous jamais rêvé Debussy et Ravel ainsi ?

Une
« jungle choisie » ? Le monde, notre âme. Cela s'appelle vivre.

Christophe Delecroix

Lire le texte intégral (page pdf)
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En écoute...

Debussy : 1ère Etude
Pour les cinq doigts

Debussy : 9ème Etude
Pour les notes répétées

Ravel : Miroirs
Oiseaux tristes

Ravel : Miroirs
Alborada del gracioso



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